Gérard RANCINAN
Né en 1953 à Talence, Gérard RANCINAN compte parmi les figures majeures de la photographie française contemporaine. Sa place est singulière : peu de photographes de sa génération ont réussi avec une telle ampleur le passage du photojournalisme international à une œuvre d’art construite et monumentale, présentée dans des institutions de premier plan. Plusieurs fois récompensé au World Press Photo, exposé du Palais de Tokyo au Musée de la Triennale de Milan, il a également été élevé en 2022 au grade de Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres par le ministère de la Culture.
À quinze ans, il entre comme apprenti au laboratoire photographique du quotidien Sud Ouest. Après plusieurs années passées dans la chambre noire, il devient photoreporter et apprend très tôt cette exigence qui restera au fondement de son travail : rien, de la prise de vue au tirage, ne doit être laissé au hasard. Repéré par Sygma, l’une des grandes agences internationales, il couvre ensuite pendant plusieurs décennies l’actualité mondiale, les conflits, le cinéma et les grandes compétitions sportives. Ses photographies sont publiées dans Paris Match, Life, Time, Sports Illustrated ou The Sunday Times Magazine.
Gérard RANCINAN photographie également des personnalités les plus célèbres de son temps. Muhammad ALI, Fidel CASTRO, Jean-Paul II, Yasser ARAFAT, Tiger WOODS, Michael SCHUMACHER, Sergueï BUKKA ou Marie-José PEREC passent devant son objectif. Dans le sport comme dans le portrait, il ne cherche déjà pas seulement à enregistrer une présence mais construit l’image, dirige, compose et cherche ce qui permettra au sujet de dépasser sa propre actualité.
À partir des années 1990 et surtout des années 2000, son œuvre prend un tournant décisif. Gérard RANCINAN quitte progressivement le registre du reportage pour celui de la photographie plasticienne. Ses prises de vue deviennent de véritables productions : décors, modèles, costumes et scénographies servent des compositions monumentales dans lesquelles il réinterprète parfois Léonard de Vinci, Le Caravage, Géricault, Delacroix ou Jérôme Bosch. L’histoire de l’art devient alors un vocabulaire avec lequel il interroge notre propre époque — consommation, pouvoir, immigration, célébrité, violence, religion ou transformations de la société.
Des ensembles comme Métamorphoses, Wonderful World, Trilogie des Modernes ou Le Destin des Hommes installent définitivement son travail dans le champ de l’art contemporain. Là réside sa place particulière dans l’histoire récente de la photographie française : il est à la jonction de deux traditions, celle du photoreporter qui a été directement confronté aux événements de son temps et celle du photographe plasticien qui les reconstruit pour mieux les questionner.
Cette reconnaissance est également internationale sur le marché de l’art. En 2012, son œuvre Batman Family (girls) est adjugée 97 250 £ chez Phillips à Londres, établissant alors un record mondial aux enchères pour l’artiste. Plus que la côte elle-même, ce résultat témoigne de l’entrée de ses grands tableaux photographiques dans le marché international de la photographie.