Loin de son image de ville grise reconstruite après guerre, Brest, la cité du Ponant joue les sirènes. Fabuleux musées consacrés à l’océan et à l’histoire navale, bouillonnants lieux d’art et de culture, bords de mer inspirants… On est conquis !
Florence Donnarel

Les Brestois et les visiteurs ne s’en lassent pas. Depuis la cabine du téléphérique urbain qui enjambe la Penfeld, on survole une partie du port militaire situé à l’embouchure du fleuve côtier. Sous nos pieds, des bassins, d’immenses entrepôts, un ballet de navettes maritimes. Plus loin, dans la rade, le soleil fait crépiter un feu argent à la surface de l’eau.
Il y a tout juste dix ans, la télécabine est venue connecter le centre-ville, depuis un promontoire rocheux, aux Ateliers des Capucins, un bâtiment industriel de la Marine nationale, longtemps inaccessible au public, qui a été reconverti en lieu de vie et de culture.
« La cité interdite s’est métamorphosée en place publique ouverte sept jours sur sept avec cinéma, salle d’escalade, musée sur l’océan, lieu d’exposition, restaurants et de nombreuses animations… » se réjouit son directeur Alain Lelièvre, sous l’une des grandes nefs vitrées. A l’automne prochain, l’arrivée du Centre national des arts de la rue et de l’espace public Le Fourneau (sur le port jusqu’à présent) promet de grands moments de communion artistique avec portes ouvertes sur la création et cantine pour tous.
Pour l’heure, on jette un œil admiratif aux chorégraphies saccadées de danseurs amateurs de hip-hop, on esquive des enfants à trottinette et nous voilà au 70.8, le « musée pour l’océan » (adultes 9 €, moins de 18 ans 4 € ou 6 €). Secours au large, exploration des grands fonds, énergies marines renouvelables…, la mer n’aura plus de secrets après la visite de cet espace pédagogique.

Entre urbanisme et street art, le graphisme est partout dans la cité portuaire. Enjambant la Penfeld, le téléphérique et le pont levant de Recouvrance.

Dans le quartier des Quatre-Pompes, les fresques marines du graffeur Faki animent les murs.
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Des tiers-lieux joyeux
Coupée en deux par la Penfeld et la base navale, reconstruite après guerre avec une architecture angulaire en béton, la cité du Ponant a longtemps semblé manquer d’attrait. Aujourd’hui, dans le sillage des Capucins, d’autres tiers-lieux, des centres d’art, des jardins luxuriants, des ports vivants renouvellent le regard sur cette cité maritime chargée d’Histoire.
Pour s’en faire une idée, il suffit de poursuivre sa visite place de la Liberté, devant la mairie monumentale, et d’emprunter la rue de Siam, artère principale parcourue par le tram. L’esthétique années 50 domine, mais le regard roule surtout vers la mer et les grues bleu et jaune du port militaire. L’architecture de la reconstruction réserve des surprises comme dans l’église Saint-Louis, avec ses volumes saisissants et ses fins piliers en béton lancés vers le ciel.
En face, les halles se refont une beauté pour accueillir les gourmands en 2027. Le quartier ne manque pas non plus de bonnes tables : curry de pois chiches et asperges poêlées tout en justesse chez Désordre (menu midi 24 €), alléchantes assiettes à partager le soir à l’épicerie-bar chez Ravito (de 5 à 15 €). Pour des poissons à la cuisson parfaite, on mise sur La Tentation des mets (menu midi 24 €). Dans un autre registre, il y a La PAM qui ne désemplit pas depuis son ouverture en 2023.
« C’est un endroit hybride, mais avant tout un lieu où se rencontrer, une sorte de grand bistrot », décrit Sophie Caradec, cofondatrice de cet espace réunissant, dans une ancienne imprimerie, des associations, une boulangerie bio, un food-court, une microbrasserie, un « café céramique » pour décorer tasses ou assiettes tout en grignotant… L’artiste Minuit y présente ses aquarelles à l’eau de mer pleines de poésie. Tout près, chez Rustine, Xavier Frehring, féru de surcyclage, fabrique de beaux paniers en poches à huîtres et des sacs en bâche de camion.


Ou encore au musée pour l’océan 70.8 et aux Ateliers des Capucins. Devant l’hôtel de ville, le tramway design de la ligne B.

Ici, reconversion du patrimoine industriel rime avec culture. Comme dans le tiers-lieu La PAM, où se retrouvent coworkers et habitants du quartier.
Une culture maritime bien vivante
En bas de la rue de Siam, il faut choisir : traverser la Penfeld par le pont de Recouvrance, icône architecturale de la reconstruction de Brest avec ses hautes piles en béton, visiter l’abri Sadi-Carnot (gratuit), émouvant témoin de la guerre, ou entrer dans le musée national de la Marine (adultes 12 €, moins de 26 ans gratuit) dans le château médiéval, seul édifice du plateau épargné par les bombardements grâce à ses épais remparts.
On pourrait y rester des heures à découvrir l’histoire de l’arsenal, fondé en 1631, ou l’expédition de Lapérouse, partie de Brest en 1785… Mais la vue sur la rade donne des fourmis dans les jambes. Il est temps de se rapprocher de l’eau. Un petit tour sur le cours Dajot, haut lieu de promenade avec son allée de platanes veillée par la haute tour en granit rose commémorant l’intervention de la Marine américaine lors de la Première Guerre mondiale, puis on emprunte la rampe d’escalier qui rejoint le port.
Ricanement des goélands et musique des drisses frappant les mâts. Ici, on peut embar- quer pour une balade dans la rade à bord d’un bateau de patrimoine comme la goélette La Recouvrance (57 € la demi-journée), s’attabler au succulent Crabe Marteau (29,50 € un demi-tourteau, 6 huîtres et des patates, la Guipavas bio vapeur) ou sentir le souffle de l’aventure maritime…
Brest est le port de départ de courses au large et de défis océaniques comme le Trophée Jules-Verne. Cet été, les 30 juillet, 6 et 13 août, les quais s’animeront avec Les Jeudis du port, des rendez-vous festifs et familiaux. Du 10 au 14 juillet, on célébrera les 400 ans de la Marine nationale, une sorte de prologue aux Fêtes maritimes de Brest 2027, rendez-vous désormais triennal d’un millier de navires avec parade de vieux gréements.

Symbole de la destruction de la ville durant la Seconde Guerre mondiale, l’abri Sadi-Carnot est devenu un lieu de mémoire poignant.

L’emblématique remorqueur de haute mer VB Abeille Bretagne.
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Un goût d’ailleurs et d’art
Pour « plonger » au cœur de l’océan, cap à l’est (bus 2 et 3, 1,70 € le ticket) pour l’aquarium géant Océanopolis (adultes 14 €, tarifs réduits pour les moins de 18 ans). Prévoir deux heures pour observer la faune (requins, phoques, loutres…) ou participer aux animations.
Changement de décor dans les jardins luxuriants du Conservatoire botanique national (accès gratuit), à vingt minutes à pied par un sentier bucolique. « On voyage dans les flores du monde entier », confirme Stéphane Buord, directeur scientifique des lieux, dont la vocation est de préserver les plantes sauvages menacées d’extinction sur la planète.
Encore un peu de temps ? Alors on s’offre une virée arty à La Piscine (adultes 4 €, 6-18 ans 2 €), centre d’art avec un bassin comme espace d’exposition, un tour à la galerie Le Comœdia dans un ancien théâtre, à Passerelle, lieu associatif provisoirement installé au Cercle naval de Brest, ou, sur le port, à la nouvelle galerie A3 Studio, qui célèbre le design.
Ensuite, il faut prendre le large. Depuis le pont de Recouvrance, on file plein ouest. Une halte à la tour Tanguy, où des mises en scène racontent l’histoire de la ville, une pause encore depuis la vue panoramique dans le jardin des Explorateurs, puis on longe la base navale (adultes 7 €, moins de 18 ans 5 €) depuis la corniche.
Le temps de frémir devant le monstre de béton qui abritait les sous-marins allemands pendant la guerre, et nous voilà sur le GR34, le sentier des douaniers, si près et si loin de la ville. Passée l’adorable anse de galets gris de Maison-Blanche et ses cabanes de pêcheurs colorées, le phare du Portzic, colonne octogonale, marque l’entrée dans le fameux goulet de Brest. Après, c’est l’océan…

Art et nature… Un Soleil anamorphique est accroché sur la façade de La Piscine.

Françoise Patris et Pierre-Henri Argouarch ont créé la galerie A3 Studio.

Un air de tropiques dans le vallon du Stang-Alar.